Les gammes et la tonalité

Cette leçon est une introduction aux matériels de base qui servent à construire des mélodies : les gammes.
Je vous explique ici ce qu'est une gamme et comment on peut s'en servir pour improviser, analyser ou composer un morceau.

L'emploi de telle ou telle gamme revient à choisir une tonalité.
Sans trop s'étendre pour l'instant, imaginez qu'une tonalité est une grosse boite à outils contenant plusieurs rangements. Chaque rangement représente une gamme, et dans chaque rangement il y a plusieurs outils : les notes et les intervalles. Le musicos va choisir dans cette boite les outils qu'il estime les plus appropriés pour construire son impro et il va utiliser sa technique pour faire sonner tout ça.

Lisez bien ce qui suit, nous n'avons pas fini de parler des gammes et de tonalités.

Sommaire de la leçon :

Les gammes

Nous avons déjà parlé dans le niveau précédent des échelles musicales (voir la leçon sur les notes et les sons) : une succession de notes établies qui se répètent à l'infini d'octave en octave. Dans une échelle, il n'y a pas de point de départ et il n'y a pas d'organisation hiérarchique des notes.

Par exemple, voici un fragment de l'échelle diatonique :
échelle diatonique

Une gamme est la représentation d'une échelle musicale étendue sur une octave ; il y a donc une note de départ et cette même note à l'octave supérieure termine la gamme.

Voici la représentation d'une gamme : la gamme majeure de Do.
gamme diatonique

Mais le point essentiel qui différencie une gamme d'une échelle musicale, c'est que dans une gamme chaque note a un "poids" différent et celles qui ont le plus de poids "attirent" les autres. Ces notes pondérées s'appellent les degrés de la gamme. Ainsi, il existe des degrés forts et des degrés faibles (voir plus loin).

Le premier degré d'une gamme (la 1ère note) s'appelle la tonique, elle donne le nom de la gamme.
Par exemple, la tonique de la gamme majeure de Do est un Do.

On peut extraire d'autres gamme à partir de l'échelle diatonique en choisissant une autre tonique. Par exemple, en prenant la note La pour tonique on obtient la gamme : La Si Do Ré Mi Fa Sol La.
Attention cette gamme est complètement différente de la gamme majeure de Do. Bien qu'elle contienne les mêmes notes, les degrés ne sont pas les mêmes !

Une gamme comprenant 5 degrés est dite pentatonique. Les gammes pentatoniques sont extrêmement fréquentes dans de nombreuses musiques.

Une gamme comprenant 7 degrés est dite heptatonique. La gamme majeure est un exemple de gamme heptatonique.

Les gammes hexatoniques (6 degrés) et octotoniques (8 degrés) sont plus rares.
A noter enfin que la gamme chromatique (voir plus loin) contient 12 degrés.

Structure d'une gamme

On préfère travailler les gammes en utilisant juste leur structure, c'est à dire en laissant de côté les notes qui la composent et en ne retenant que l'emplacement des degrés par rapport à la tonique.

Pour cela on utilise une notation chiffrée des degrés d'une gamme qui se rapproche de la notation des notes en solfège.

Le chiffrage des degrés

Les degrés d'une gamme sont notés en chiffre romain.
Pour chiffrer les degrés d'une gamme on utilise les degrés de la gamme majeure de Do comme degrés de référence.

degrés de la gamme majeure

Le chiffrage des degrés permet de mesurer la distance de chaque degré par rapport à la tonique.
Par exemple, le degré V d'une gamme est à une quinte ascendante de la tonique (et donc à une quarte descendante de la tonique).

On peut donc représenter uniquement la structure d'une gamme en utilisant le chiffrage des degrés, sans préciser la tonique.

Voici la structure de la gamme majeure, les intervalles entre chaque degré sont indiqués :
chiffrage des degrés de la gamme majeure

Par exemple, la note Fa est le degré IV de la gamme majeure de Do. On dit que Fa est IV de Do.
De même, Ré est II de Do, Mi est III de Do, etc.

En utilisant une autre tonique, par exemple Fa, on obtient :
Sol est II de Fa, La est III de Fa, Sib est IV de Fa, Do est V de Fa, Ré est VI de Fa et Mi est VII de Fa.

En prenant la note La pour tonique, on obtient :
Si est II de La, Do# est III de La, Ré est IV de La, Mi est V de La, Fa# est VI de La et Sol# est VII de La.

Le chiffrage des degrés altérés

Nous savons que l'échelle diatonique peut être complétée pour former une succession de notes distantes d'un demi-ton les unes des autres : c'est l'échelle chromatique (voir la leçon sur les notes et les sons). On complète l'échelle avec des notes altérées (diésées ou bémolisées).

On peut donc compléter la structure de la gamme majeure pour obtenir la gamme chromatique.

Voici la structure de la gamme chromatique, les intervalles chromatiques sont indiqués en rouge :
chiffrage des degrés de la gamme chromatiques

Attention cette représentation ne comporte que des degrés diésés, c'est par souci de clarté. Bien sûr on peut compléter la représentation de la gamme chromatique en rajoutant les degrés bémolisés : I bII II bIII III IV bV V bVI VI bVII VII I.

Par exemples :
b est bII de Do, La# est #VI de Do, Sib est bVII de Do.

En utilisant d'autres toniques :
# est #IV de La, Fa est bVII de Sol, Sol est bIII de Mi, etc.

Le système tonal et son évolution

Le système tonal majeur - mineur

En Occident, depuis l'Antiquité et jusqu'au Moyen Age, la musique s'est construite autour de la monodie modale. Cette musique ne comportait qu'une seule voix (monodie) et s'organisait autour de plusieurs modes (les modes grecs pour ne pas les citer). Nous reparlerons plus tard des modes mais comprenez pour l'instant qu'un mode est issu d'une gamme et est caractérisé par une sonorité (une "couleur") spécifique.

Le chant grégorien, ou plein-chant, utilisé au Moyen Age pour les prières, est l'exemple typique de musique monodique.

Progressivement au cours des siècles, on a commencé à superposer plusieurs voix : la polyphonie se développe. A la Renaissance, la notion d'accords apparait et le système tonal, également appelé système tonal majeur - mineur, succède à la monodie modale. Ce système musical s'organise autour d'une tonique et utilise plusieurs gammes heptatoniques que l'on peut répertorier dans deux catégories : les gammes du mode majeur et les gammes du mode mineur (pour schématiser majeur = gai et mineur = triste/sombre).

En fait, le système tonal est un affaiblissement de la monodie modale : il n'utilise que le mode ionien (mode majeur) et le mode éolien (mode mineur). Mais son emploi est complètement différent de celui des modes anciens comme nous allons l'expliquer plus loin. Il faudrait donc plutôt parler de tonalité majeure et de tonalité mineure.

La gamme majeure est la gamme de référence du système tonal majeur - mineur. C'est également la gamme du mode majeur.
Le mode mineur est un peu plus complexe car il comporte plusieurs gammes. La gamme de référence du mode mineur est la gamme mineure naturelle, mais il comporte également les gammes mineure harmonique et mineure mélodique.

Par exemple, une improvisation dans la tonalité de Do majeur peut être construite avec la gamme majeure de Do. Une improvisation dans la tonalité de Mi mineur peut être construite avec les gammes de Mi mineur naturel, Mi mineur harmonique et Mi mineur mélodique.

Le système tonal permet de hiérarchiser, pour chaque tonalité, non seulement les différents degrés d'une gamme (aspect mélodique) mais aussi les différents accords que l'on peut obtenir à partir de cette gamme (aspect harmonique).
Concrètement, "connaitre une tonalité" c'est connaitre la hiérarchie des degrés et des accords issus des gammes de cette tonalité.

La hiérarchie des degrés du système tonal

Le système tonal est organisé autour d'une hiérarchie des degrés.

Les degrés forts donne une sensation de repos, de conclusion. A l'inverse, les degrés faibles d'une gamme donneront une sensation d'instabilité voire de dissonance. Lors d'une impro ou dans la composition d'un thème, cette tension se résoudra souvent sur un degré fort. Les degrés faibles sont comme attirés : on dit que les degrés fort ont un pouvoir d'attraction sur les degrés faibles.

Dans le système tonal, les trois degrés forts sont par ordre décroissant de force :

Les degrés faibles sont les degrés II (la sus-tonique), III (la médiante), VI (la sus-dominante) et VII (la sensible).

Dans le jazz, le degré II est inclu dans les degrés forts.

Les degrés les plus faibles sont ceux qui sont très proches (à un demi-ton d'intervalle) des degrés forts. Par exemple dans la gamme majeure, le degré VII, la sensible, est le degré faible par excellence. Il est situé un demi-ton au dessous de la tonique et sera irrémédiablement attiré par cette note lors d'une impro.

L'évolution du système tonal

Au début du XXème siècle, après trois siècles d'utilisation intensive, le système tonal atteint ses limites. Les compositeurs vont donc coupler ce système (ou vont carrément s'en éloigner) avec d'autres systèmes musicaux d'origines diverses.

On va emprunter d'autres échelles musicales issues d'autres civilisations (comme les échelles pentatoniques chinoises, japonaises ou tziganes), parfois en les adaptant au système tonal (comme les pentatoniques majeure et mineure issue des échelles africaines), ou encore créer de nouvelles échelles totalement artificielles (comme la gamme par tons ou la gamme chromatique).

Outre les nouvelles échelles utilisées, les compositeurs remettent au goût du jour les modes anciens (modes grecs), oubliés depuis la Renaissance, en s'appuyant sur les harmonisations du système majeur - mineur. On parle alors d'harmonie modale (nous en parlerons dans le niveau 3).

Marchand de sons

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